Et le monde devint phénoménal…

Exposition personnelle à l’Ecole Supérieure d’Art et de Design du Havre. Novembre/Décembre 2011

J’ai mis beaucoup de temps à oser dessiner, pour plusieurs raisons :

  • d’une certaine manière, je ne sais pas dessiner d’ailleurs cela est toujours une source d’embarras
  • lorsque j’étais étudiante cela ne se faisait pas vraiment ou alors il fallait avoir le courage d’aller contre et je n’avais pas ce courage
  • je n’aurais pas su quoi dessiner.

Le premier dessin que j’ai fait est Cité de La Muette (Drancy 1995) 1999. Il s’agit de la réplique la plus fidèle possible de Cité de La Muette (Drancy 1995), pièce réalisée à la photocopieuse.

La réalisation de ce dessin m’a pris un temps infini de par sa taille mais aussi sans doute parce qu’il était le premier. L’achever a été très difficile et douloureux tant moralement que physiquement et pourtant, je suis totalement contre l’idée de souffrir pour l’art.

Mais il fallait en passer par là si je voulais faire ce que j’avais à faire pour cette pièce. La seule solution était de recopier en dessinant. La découverte de cette intensité physique fut comme la justification de l’intuition que j’avais eu à vouloir dessiner. Sans doute le sujet s’y prêtait-il plus qu’un autre…

Je ne dessine pas en faisant appel à mon imagination. Je fais c’est tout. Je fabrique un dessin car je sais à l’avance et avec précision ce que je vais dessiner et comment. J’évite la surprise à tout prix. (s’il y en a une elle est toujours mauvaise. Elle signe l’échec). Je peux ainsi me replier ailleurs… Le temps devient alors très important. Il s’inscrit sur la surface utilisée de papier : un grand dessin signifie donc une durée de plusieurs jours voire plusieurs semaines. L’expérience est mesurable, quantifiable. Je m’immerge dans cette durée, dans ce temps qui disparaît à chaque coup de crayon, de gomme.

Etre dans le faire me permet paradoxalement d’évacuer totalement le comment. Commence alors ce qu’est véritablement le dessin pour moi : une expérience sans vérité, c’est-à-dire une expérience caractérisée par la disparition de toute relation à la vérité et c’est en cela qu’elle me semble si juste. Cela concerne la fiction qui n’a que faire de la vérité et qui en est pourtant l’expérience même.

En ce sens un dessin réussi n’a rien à raconter. Il est une simple inscription dans le temps et l’espace. Une traversée.

27 octobre 2011

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